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Saadet Oruç, le journalisme chevillé au corps

Aujourd’hui conseillère du chef de l’Etat turc, Recep Tayyip Erdoğan, pour les relations avec les médias anglophones et francophones, Saadet Oruç ne se considère plus comme journaliste et se concentre sur cette nouvelle fonction qu’elle est très fière d’occuper.

La naissance des vocations demeure un phénomène insaisissable. C’est au cours de ses études, réalisées à Ankara, en Turquie, que Saadet Oruç fait le choix du journalisme. Alors étudiante en langue anglaise à l’université Hacettepe d’Ankara, elle souhaite embrasser une carrière qui lui permette d’être continuellement dans la recherche de la connaissance de soi et du monde qui l’entoure, dans ses différents aspects politiques, économiques et sociaux. Le journalisme s’impose alors comme une évidence pour cette jeune femme curieuse de tout. Voilà vingt ans que cette passion n’a pas quitté celle qui est désormais conseillère à la Présidence turque et qui a réussi avec brio le mastère 2 généraliste tous médias à distance de l’ESJ Paris.

Elle débute sa carrière en 1995, en Turquie, au sein du quotidien Yeni Politika, puis rejoint très rapidement le Turkish Daily News. Au début des années 2000, Saadet Oruç s’installe pendant plus de dix ans avec son mari en France, où elle donnera naissance à sa fille et où elle évolue au sein de l’agence turque Dogan Presse et du groupe Star Media. Durant cette période stimulante, elle couvre alors tous les sujets européens en lien avec la Turquie, notamment à Bruxelles. En 2013, elle repart en Turquie où elle travaille comme rédactrice en chef d’un média de presse écrite et présentatrice d’une chaine télévisée, avant de rejoindre en 2015 l’équipe du président Erdogan.

Pour cette professionnelle des médias, un bon journaliste se doit aujourd’hui d’avoir le sens de la responsabilité. La course aux scoops dessert selon elle particulièrement la profession, alors que la qualité du journaliste se révèle dans sa réflexion, son analyse et son recul. Il doit également être conscient des conséquences de ses écrits.

Trois anecdotes ont particulièrement marqué sa riche carrière. La première se déroule en 2014, alors qu’elle est présentatrice à Chaine-24 et couvre la crise syrienne. Un flux de réfugiés passe à l’écran et un enfant court, pieds nus, sans chaussures, hagard, dans un état de grand dénuement. Les larmes montent alors aux yeux de Saadet Oruc, qui doit gérer son émission en direct, en conciliant l’émotion qu’elle ressent en tant que mère de famille et la distance professionnelle à conserver face aux horreurs de la guerre.

La seconde expérience se déroule en Allemagne alors qu’elle couvre la visite officielle du Premier ministre turc et que la délégation se rend sur les lieux d’un incendie criminel réalisé par les milieux extrémistes contre un bâtiment hébergeant des personnes d’origine turque. Une mère de famille y est décédée en voulant sauver ses enfants et ces derniers, présents lors de l’interview et dans un état second, n’ont plus parlé ni ne se sont alimentés durant une semaine complète. Ils seront heureusement recueillis par leur tante que la journaliste a pu accompagner. Cette séquence a singulièrement touché Saadet Oruc, causée par la folie et l’extrémisme des hommes.

La dernière anecdote se déroule à Paris durant l’assaut du supermarché Hypercasher porte de Vincennes au mois de janvier 2015. Saadet Oruc avait alors été envoyée à Paris par son groupe de presse. En journaliste déterminée à informer au plus près de l’évènement, Saadet Oruc est en place avec son caméraman puis se déplace rapidement pour se rapprocher des lieux de l’action mais, en direct, se fait barrer la route par un policier du Raid qui pointe son arme sur elle. La journaliste s’arrête net, choquée, ignorant que sa mère suivait l’émission en direct depuis la Turquie et avait donc eu très peur pour sa fille.

Ces différents moments qui ont jalonné sa carrière sont emblématiques de ce métier à part, exaltant mais également prenant et très engageant. Passionnée par le journalisme, Saadet Oruc, se consacre aujourd’hui pleinement à ses fonctions aux côtés du président turc et s’interdit pour l’heure de penser à un autre avenir professionnel afin de conduire au mieux sa mission. Toujours désireuse d’apprendre davantage, elle poursuit toutefois des cours d’histoire à l’université d’Istanbul et envisage de réaliser un doctorat en journalisme à Paris afin d’étancher sa soif de savoir.

 

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